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Au détour d'une mésaventure (Salayn)

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MessageSujet: Au détour d'une mésaventure (Salayn)   Dim 9 Oct - 14:02
dans les pattes d'un ours



Nom d'une citrouille farcie! Ce grand dadais allait s'en gifler les bretelles! Trois jours se sont écoulés depuis son exode loin des remparts branlants de Lond Daer. Une randonnée fendue d'aléas multi-genres, de malandrins à bêtes voraces, dans l'espoir de retrouver son fiancé envolé, avec l'ambition paralytique de l'assassiner de ses propres mains. Ce crétin de paille! Dans cet abcès de malheurs, s'était prêté comme fieffée providence son dévoué équidé, Oreille Fendue. Privé de la célérité caractéristique des montures humaines, l'âne se rattrapait avec une robustesse et une résilience aptes à toutes épreuves. Avec une bourlingueuse brise-cou un peu trop prompt aux traversées ébarbées d'écueils, la nécessité d'un compagnon sage et patient n'était plus à revoir.  Nombreuses fois, galères et déconvenues ont été contournées d'une éloquente prévoyance, tout en menant la féroce insatiable dans les contrées les plus inhospitalières.

Mais à l'aube de cette nouvelle journée d'exploration, la vaillante avait perdu de sa superbe. La figure, comme les mains, souillées de boue vermillon. Ses couches de laine et de coton, percées de trous et noyées sous quelques amas de feuilles, racines et mottes de bouillasse. Son allure à l'esquisse d'une guenilleuse clopinarde arracherait grime interdite du minois de ses proches. Mais de son tendre aimé, un gloussement brocardeur étranglé sous une beigne bien logée. Comment s'était-t'elle retrouvée dans un tel état? Une négligence, mais surtout la mauvaise fortune d'avoir trébuché au coeur d'une échauffourée entre seigneurs et paysans de l'espèce humaine. Après des roulers boulers digne d'un hérisson rudoyée, Amaryllis était parvenue, loin de la valse foudroyante de sabots et de bottes, à se faufiler dans un fossé. Une heure à ramper dans la bourbe, sous des giboulées cristallines, pour s'éloigner de la castagne inopinée. Avec l'angoisse d'avoir été séparée d'Oreille Fendue. Se porte t'il bien? Où est-il? Inquiète et frigorifiée, le souillon avait finalement trouvé refuge dans un terrier inoccupé pour les derniers souffles diurnes.

Les convulsions se firent matinales et abordèrent le svelte et chétif corps du hobbit, mettant à genoux le sommeil et sortant la belle de sa torpeur lorsque choyèrent les premiers pinceaux lumineux au seuil de son abri de fortune. Déjà le matin? Un  reniflement familier résonna au dehors, intriguant le lutin rouillé. Se frottant les paupières gonflées d'une fatigue enrhumée, la haute comme trois pommes, se dénoua de sa léthargie et, mains et rotules contre terre, rampa à regret loin de la chaleur douillette du terrier. Des sabots, un pelage grisonnant. Oreille Fendue?! Malgré sa santé mis en ruines, un soulagement euphorique dilua la nervosité épileptique de la couturière. "Je me suis fait du mouron pour toi!" L'encolure enlacée dans une étreinte fébrile, la fièvre se fit tyran en rappelant sa proie à l'ordre. Toux grasse et ébrouement succulent, le catarrhe enlisait le hobbit dans des symptômes sauvages. "Par les chausses de Bombadil!" Cette phase virulente la comblait d'un nouvel embarras. Dans ses vêtements trempés et tout crottés de fange, les écorchures encore saignantes d'un climat froid et humide, Amaryllis réussit pourtant à se hisser sur le râble de l'équidé et à le faire progresser à une cadence modérée. Tout doux, pas trop vite. Dessus sa fidèle monture, la mignonne chancelait au rythme de ses soubresauts fiévreux. Et avant de le réaliser, les couleurs chavirèrent au noir et l'inconscience se fit conquérante.




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MessageSujet: Re: Au détour d'une mésaventure (Salayn)   Mar 18 Oct - 19:32
dans les pattes d'un ours
N’était-ce pas mieux ainsi ?
Comment ne pouvait-on pas être, en son cœur, certain de la volonté et de la puissance des Valars, alors que l’on se trouvait dans la position de Salayn ? Paisiblement assis au pied de l’un de ses arbres isolés qui couraient les plaines de l’Enedwaith et luttaient contre l’horizontalité dévorante, les hauts brins d’herbes chatouillant ses chevilles nues et usées par les lieues parcourues du haut de sa vieille carcasse, à quatre pattes ou à deux. Le vent sauvage et joueur qui courait ventre à terre jouant dans   les poils hérissés gris souris tandis que l’homme taillait un bout de bois entre ses doigts. Salayn observait peu le bout de bois entre ses doigts, qu’il tournait et retournait, ses cals commençant déjà à patiner l’objet, à accélérer le mouvement de temps que le Béornide regardait passer depuis des siècles sans bouger d’un pouce lui-même – les tâches quotidiennes, la régularité des bêtes, les oiseaux qui passaient et repassaient devant ses yeux, le Béornide qui semblable à la forme taillée par les Valars dans le mont du Carrock, était immobile, implacable, immuable.

Jusqu’à ce que ce que le temps se présente à lui sous la forme des premiers cheveux gris de sa fille, du cri brisé de son neveu, des entrailles ouvertes de son frère, des flammes dévorant foyer et souvenirs. Immuable et impitoyable, le temps, le monde, qui se jettent à vos chevilles par vagues mordantes. Le temps qui lui coupe le souffle, arrache le cœur, et le laisse sans larmes, et sans cris, sur le bord du chemin.

N’était-ce pas mieux ainsi ?
Salayn était rentré chez lui, avait pansé sa fille, répondu à ses questions par des monosyllabes qui voulaient mourir avant de passer sa gorge alors qu’elles contenaient toute la pitié et la compassion d’Arda jusqu’à Yvanna elle-même. Et à présent, dans le silence absolu des plaines, il gardait son troupeau. A chaque jour sa peine et à chaque troupeau son berger dévoué, qu’il pleuve ou qu’il vente, assis à l’ombre, un châle à carreaux sur les genoux. Son regard aiguisé mais tendre sur les bêtes qui broutaient à quelques pas de lui, sans troubler la paix de ces lieux âpres. Aussi isolé de la guerre et des suppôts du sombre que possible. Et pendant quelques brèves instants, entre deux respirations qui tiraient dans sa poitrine, Salayn espérait à nouveau.
Le change-peau n’était pas assez sot pour penser que, s’il restait là, à l’oubli du monde et de ses troubles, le monde se sauverait tout seul.
Le Mal était toujours présent dans le cœur des êtres, depuis l’obscurité des Deux Arbres. Le pleurer ne servait à rien – par les Valars que les prunelles du vieux change-peau restaient sèches depuis tant de temps, alors que ses épaules portaient le poids du labour éreintant et son cœur des peines jamais dites, encaissées, écoutées, bues à la lie des voyageurs. Il n’était pas assez sot pour penser que s’il ne faisait rien, quelqu’un d’autre le sauverait à sa place. Qu’il y aurait forcément quelqu’un, pourvu que ça ne soit pas lui, parce que les basses besognes doivent être faites quoiqu’il en coûte, pour satisfaire l’équilibre du monde sauvé par les Valars.

Mais il ne pouvait pas se forcer à le faire, il ne pouvait simplement pas ressortir de l’espace protégé de sa ferme et plonger ses mains et babines dans le sang noir des orcs et des monstruosités ayant voué leurs âmes à la puissance contre-nature. Pas même après la mort de Beorn – surtout après la mort de Beorn. Salayn planta son couteau dans la terre pour relever la main et mêler ses doigts à la laine du mouton le plus proche, dont le museau fourrageait contre lui. Les rides autour de ses yeux se froncèrent lorsqu’il aperçut une masse plus grisâtre et plus haute que les chèvres et moutons qui faisaient leurs vies à ses côtés, indifférents aux prédateurs dont l’ours les protégerait, l’instinct de survie des proies annihilait par des décennies de sécurité.
 
Cahin-caha, un petit âne valeureux qui mettait un sabot devant l’autre s’avançait vers eux, mû son instinct qui semblait lui crier qu’il y serait en sécurité, que ces bêtes rentraient dans la chaleur d’un foyer le soir venu et n’avaient jamais eu à se soucier de l’herbe rase, des wargs aux dents longues ou des petites hobbites caractérielles. D’un mouvement étonnamment souple, Salayn se releva,  et rejoignit à quelques enjambées le petit destrier, dont les oreilles douces arrivaient à peine au milieu de son torse.

« - Eh bien, d’où tu viens toi, doucement, mon beau, »

Le sindarin se mêlait à la langue commune sur ses lèvres, un mot sur deux sans qu’il s’en rende compte – comme toujours lorsqu’il voulait apaiser une bête ou un être, la langue des immortels résonnant toujours comme une mélopée apaisante aux oreilles. La voix de Salayn était habituée à cette tessiture grave et douce, tandis qu’il flattait l’encolure de l’âne, sa main remontant le pelage pour le calmer autant que pour vérifier d’éventuelles blessures.

Jusqu’à ce qu’il rencontre un tissu qui n’avait plus que la volonté de mériter ce nom, aux pans effilochés et raides de boue lorsqu’ils n’étaient pas humides de l’air ambiant.  Trop petite pour qu’il l’ait aperçue au premier coup d’œil, faisant trop corps avec sa monture sous la crasse et les boucles éparpillées. Une enfant presque, inconsciente et se tenant par miracle dans un équilibre instable. Lorsque l’âne s’arrêta net, têtu et les pieds bien embourbés dans la terre meuble labourée par les dents de moutons et de chèvres. Son poids vacilla, menaçant de tomber entre l’équidé et l’ours.

« - Yvanna toute-puissante. »

Pas un un soupire, pas un juron défait et stupéfait. Plutôt une parole fidèle, prononcée entre des dents serrées, pestant sans une once de méchanceté, plutôt de détermination ronchonne.
D’une main, d’un bras, le change-peau gigantesque récupéra le petit tas de frusques trempées et crottées, la tenant contre son torse, alors que de l’autre, il attrapa la rêne de l’âne pour le tirer à sa suite. Son troupeau disparate ne bougerait pas, et s’il y avait assez de wargs et d’orcs dans les parages pour braver son odeur à lui… il ne pourrait rien contre eux, comme son frère avant lui. Derrière le bosquet d’arbre, après un léger détour d’un mince cours d’eau, il y avait sa ferme où Salayn guidait les deux nouveaux arrivants, suivit par une parte de son troupeau.

Salayn grimaça en son for intérieur – il n’était pas dans ses habitudes de faire passer les êtres humanoides avant leurs montures, c’était même l’une des conditions de son hospitalité.  Tenant toujours la brune contre lui, il guida l’âne jusqu’aux écuries, et le fit aller dans une stalle – un baquet d’eau, et du foin en abondance étaient déjà prêts comme toujours. Puis, le change-peau rentra dans la pièce principale de sa demeure, où le feu qu’il avait allumé pour le petit déjeuner de Bryndis, brûlait encore.  Il déposa la jeune femme sur le coffre-banc de bois adossé au mur, et submergé de couvertures de laine, de peaux de bêtes et de coussins. C’était bien une jeune femme, malgré sa taille, à la peau pâle – trop pâle, jaugea Salayn en maugréant – et aux boucles qui lui tombaient un peu partout. Emmitouflée dans ce qui se transformait en linceul avec les éléments. Le vieil homme rajouta du bois dans le feu, et une bouilloire d’eau à chauffer, avant d’aller dans la chambre de Bryndis, récupérer le coffre à pharmacie qui y avait élu domicile depuis sa naissance. Le change-peau embrassa doucement le front de sa fille, bien plus chaud et bien moins pâle malgré sa convalescence, que la peau de leur invitée surprise, et referma délicatement la porte derrière lui.

Il déposa le coffre aux pieds du banc, avant de s’agenouiller avec une grimace devant, son corps usé mal remis de son affrontement avec son neveu comme si ces os ne voulaient pas lui laisser oublier le choc qui l’avait brisé tant qu’il ne quitterait pas ces plaines et leur humidité des lâches.  A genoux, il entreprit d’ôter le carcan de boue, de laine et de mort qui enveloppait le petit être, les laissant retomber en tas sans cérémonie au sol – il devrait les brûler ensuite, mais en dehors de la maison – jusqu’à ce qu’une quinte de toux témoigne de la reprise de conscience de la jeune femme, sous l’action conjuguée des couvertures où elle dormait et du feu brillant de l’âtre. Sans se relever, Salayn se déplaça quelque peu pour mettre les feuilles d’un bocal préparé à cet effet dans la bouilloire au-dessus du feu – thym, mauve, bourgeons de sapin, et coquelicot qui avec un peu de miel réconforteraient la poupée de tissue battue par les vents et dont la fragrance ne tarderait pas à se répandre dans la pièce.


Good things are wild and free
Take long walks in stormy weather or through deep snows in the fields and woods, if you would keep your spirits up. Deal with brute nature. Be cold and hungry and weary. Live in each season as it passes; breathe the air, drink the drink, taste the fruit, and resign yourself to the influence of the earth

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