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✧ Live to fight another day.

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Minion en quête de pouvoir
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TALES OF MIDDLE EARTH



MessageSujet: ✧ Live to fight another day.   Mar 23 Aoû - 16:56
Live to fight another day.

▲ Statut du sujet : libre privé envoyez moi un mp pour nous rejoindre
▲ Date du rp : Août 2949 - après la mort de Méadred et la quête des vampires.
▲ Météo : Diffère selon le temps de la narration
▲ Temps de la journée : Diffère selon le temps de la narration
▲ Balrog invité au barbecue : Oui  Non, mais ouvert à modération

Ferme tes yeux à demi,
Croise tes bras sur ton sein,
Et de ton cœur endormi
Chasse à jamais tout dessein.

Et quand, solennel, le soir
Des chênes noirs tombera,
Voix de notre désespoir,
Le rossignol chantera.
Paul Verlaine.

Le calme semblait enfin être revenu à Lond Daer. Avec l'avènement d'Elden, la ville se défaisait peu à peu de l'étau tyrannique de Méadred. Le régime était presque installé, le pays de Dun allait refleurir, loin de l'ombre noire qu'avait été Saroumane. Les alliés du sorcier ayant enfin été défaits, les hommes n'avaient plus à se mélanger aux orcs. Pourtant, un jour, cette ombre revint planer sur Lond Daer. Au loin, les gardes de la ville virent apparaître un cheval blanc monté par une silhouette noire. La dame était revenue. Les rumeurs disaient qu'elle était partie enquêter dans le Mordor, et qu'elle aurait trouvé la mort là-bas. Si l'enquête s'avérait être vraie, elle était cependant bien vivante. A son retour, surprise de ne pas trouver son chef, elle fut accueillie par Elden en personne, et ils s'installèrent tous les deux durant plusieurs heures dans la grande salle. Personne ne sut ce qui s'était dit entre eux, mais la dame en ressortit tremblante, la mine basse et l’œil mouillé. Parmi les gardes, l'on comprenait difficilement pourquoi Elden avait décidé de l'épargner, et l'on suivit attentivement ses gestes. Les premiers jours, elle se rendait sur la tombe de Méadred, où elle restait prostrée de longs moments. Elle semblait parfois lui parler, mais personne n'osait s'approcher de trop près pour l'écouter. La dame inspirait à la fois la pitié et la crainte. Elle se déplaçait dans les rues et dans le château tel un fantôme que les gens prenaient soin d'éviter. La dernière fois qu'elle vint rendre visite à son ancien chef, ce fut pour déposer sur sa sépulture un journal et ce qui ressemblait à une lettre. On savait de certains serviteurs qu'elle s'était mise à envoyer de nombreuses lettres. Elle passait tout son temps dans ses quartiers, où elle écrivait et elle écrivait encore, à en juger par la quantité de papier et d'encre qu'elle exigeait. Après quelques jours enfin, elle sortit de sa chambre et ordonna que sa jument fût préparée. Elle quitta la ville, sans que quiconque ne l'arrête ou ne sût si elle allait seulement revenir. Elle réapparut pourtant quelques heures plus tard, à pied, portant sur ses épaules le harnachement de sa monture. Les rumeurs s'amplifièrent. Certains pensaient qu'on lui avait volé sa jument. D'autres répondaient qu'elle ne portait aucune trace d'agression et qu'un voleur ne serait pas parti sans la selle et la bride. On s'accorda donc à dire qu'elle avait, pour une raison obscure, relâché ou donné sa jument. Plus les jours passaient, plus la dame se dégradait. La mort de Méadred semblait lui avoir fait perdre la raison. Jusqu'au jour où, au petit matin, on découvrit que sa chambre était déserte. La dame avait disparu.

Les grillons chantent au loin. Le calme souffle dans les ruelles. C'est la nuit à Lond Daer. Les deux hommes se regardent d'un air entendu. Ils n'étaient pas venus ici pour profiter de leur virée nocturne. Ils avaient une mission, une mission qui allait leur rapporter gros. Depuis la mort de Méadred, son alliance forgée avec les nains d'Erebor contre Saroumane avait été dévoilée au grand jour. L'Istar était furieux. Il avait ordonné la mort de celle qu'il considérait comme l'instigatrice de ce désastre. Ainsi, les deux hommes n'avaient pas perdu de temps pour traquer l'empoisonneuse. Ils comptaient bien récupérer la rançon promise par Isengard. Leurs talents de chasseurs de primes les avaient vite conduits à Lond Daer, jusque sous la fenêtre de leur future victime. Le plus silencieusement possible, en veillant à éviter les rondes des gardes, ils grimpèrent le mur du château. Par cette nuit d'été, la fenêtre était ouverte, et le rideau flottait doucement au vent. Les chasseurs pénétrèrent dans la chambre l'un après l'autre, cherchant tout d'abord la dame dans son lit. Ils parvenaient difficilement à distinguer les formes et les détails de la pièce. Le sol était jonché de papiers divers et de plumes usées. Certains meubles avaient été renversés ou étaient couverts de tâche d'encre. De nombreuses fioles et des petites bourses sombres étaient posées sur le bureau, déjà occupé par plusieurs bougies plus ou moins fondues. Des étoffes de robes et de capes recouvraient les chaises. C'était loin d'être ce que l'on pouvait s'imaginer de la chambre d'une dame. Et un tel chaos ne les aidait pas à distinguer leur victime dans l'obscurité. Face à ce spectacle, le premier se retourna pour échanger un regard surpris avec le deuxième lorsqu'il fut soudain saisi par le col. Son acolyte tenta de le dégager de cette étreinte mais il était trop tard : sa gorge avait été tranchée. Le premier s'effondra, son corps se mit à convulser, les veines de son visage devinrent violettes, et en quelques secondes il mourut, tandis que son sang se répandait toujours sur le parquet. Du poison. L'un des plus foudroyants qu'il lui eût jamais été donné de voir. Sous le choc, le chasseur de primes releva la tête. La dame se tenait là où, un instant plus tôt, son compagnon s'était tenu. Elle le menaçait d'un poignard certainement enduit du poison qui venait d'emporter le premier homme. La lune faisait refléter les incrustations dorées de l'arme. Il pouvait tenter de lutter, mais elle avait l'avantage sur lui : une seule égratignure de son poignard, et il s'échouait aux côtés de son acolyte. Il laissa tomber son cimeterre.
« Bien. Je vous conseille de m'écouter attentivement. A moins, bien sûr, que vous ne souhaitiez connaître une mort lente et douloureuse. »
C'est ainsi que le lendemain matin, les serviteurs découvrirent la chambre totalement vide. La dame avait disparu, mais elle avait pris le soin de laisser un cadavre derrière elle.

Les roues de la charrette grinçaient avec bruit sur le gravier. Le chasseur de primes retira sa capuche pour apprécier la majesté d'Orthanc qui le toisait de toute sa hauteur. Déguisé en simple paysan, il s'approcha des gardes qui s'empressèrent de demander avec suspicion ce qu'il venait faire en Isengard.
« J'apporte ma récolte de blé, comme convenu avec le seigneur Saroumane. »
Le visage des gardes se dérida. Ils firent le tour du chariot, heureux de voir enfin arriver leurs rations.
« Il était temps ! Vous êtes un peu en avance, non ? C'est parfait, on commençait à manquer. Allez-y, la réserve est par là. Vous n'avez qu'à décharger et à repartir. »
Le chasseur fit un signe de la tête, esquissa un sourire et ordonna à sa mule d'avancer. La réserve de céréales était une grande pièce souterraine, juste à côté de la tour, un peu éloignée des mouvements de foule que pouvait entraîner l'agitation d'Isengard. Une fois arrivé, il descendit du chariot.
« Nous sommes seuls. »
L'énorme sac de blé remua, et la dame en sortit, dissimulée par sa cape. Elle le félicita de son travail, mais le chasseur ne prit pas la peine de répondre. Il n'arrivait pas à comprendre pourquoi elle tenait tant à se jeter dans la gueule du loup, à se présenter dans la demeure-même de l'homme qui voulait sa peau. Mais il avait appris depuis longtemps à ne pas poser de questions.
« J'ai fait ce que vous m'avez ordonné de faire. Je vous ai conduite là où vous vouliez aller. Maintenant, je vous promets mon silence, mais à une seule condition. Nous avions convenu d'un prix. »
La dame avait l'air agacée que son moment d'exultation fût gâché par des questions financières. Néanmoins, elle sortit une bourse de sous sa cape. Le bruit des pièces d'or qui s'entrechoquaient ravit les oreilles du chasseur. Il avait obéi à la dame plutôt que de la tuer, contrairement aux ordres de Saroumane, mais cela lui importait bien peu puisqu'au bout du compte il obtenait malgré tout sa paie. Elle lui tendit la bourse, mais alors qu'il levait la main pour s'en saisir, il sentit une violente douleur à l'abdomen. De sa main libre, elle l'avait poignardé. Le poison se répandit dans tout son corps que la souffrance tordait affreusement. La dame laissa tomber la bourse avec indifférence.
« Je ne peux pas me permettre de prendre des risques. »
Elle semblait vouloir se justifier, mais sans pour autant faire montre de la moindre once de remord. Incapable de parler, le chasseur la vit ranger son poignard, ce même poignard incrusté d'or qui avait tué son ami la nuit d'avant. Sans même ramasser la bourse qu'elle lui avait promis, la dame récupéra sa besace dans le chariot, cacha son visage sous sa capuche et le laissa agoniser tandis que sa cape virevoltait derrière elle.

Le garde soupira ostensiblement. Il avait décidément hâte de terminer sa journée. Il n'aimait pas beaucoup être en faction dans la tour-même, c'était la partie de son travail qu'il appréciait le moins. Il devait rester immobile, à ne rien faire. Rares étaient les personnes qui déambulaient par là. Pour s'occuper, il regardait souvent par les grandes fenêtres d'Orthanc. La nuit était tombée, mais les torches permettaient de distinguer encore ce qu'il se passait au dehors. Le garde vit un chariot s'éloigner. Il l'avait vu arriver, en fin d'après-midi. C'était un autre chariot de blé. Il avait trouvé ça quelque peu étonnant, puisqu'il avait lui-même laissé passer un autre arrivage de blé à peine deux jours plus tôt. Ça ne fait rien, se disait-il. Il y avait tellement d'activités à Isengard, ces réserves devaient bien servir à quelque chose. Il était difficile de suivre tout ce qu'il se passait, tant la vie ici ressemblait au foisonnement d'une cité toute entière. Mais le garde fut soudain interrompu dans sa contemplation. Il lui semblait avoir entendu quelque chose. Il tendit l'oreille, mais ne perçut rien d'autre. Il se redressa pour tenter de dissimuler son malaise. Il ne pouvait s'empêcher de penser aux rumeurs qui couraient parmi les gardes depuis quelques jours. Des rumeurs au sujet d'une ombre qui arpenterait Orthanc. Plusieurs l'avaient aperçue, mais personne n'avait réellement pu résoudre ce mystère. Ils s'étaient rapidement convaincu qu'ils avaient affaire à un être étranger, peut-être même surnaturel. Cependant, leurs supérieurs refusaient de les croire. Ils les considéraient comme des ignares superstitieux, et avaient simplement conclu que leur imagination leur jouait des tours. Qui d'autre pourrait les écouter ? Le maître ? Le maître était bien trop occupé pour s'intéresser aux frayeurs futiles de ses sous-fifres. Pourtant, le risque existait. Le garde crut percevoir une ombre sur un mur adjacent. Les rumeurs étaient vraies, elle était là. Qu'était-ce ? Un fantôme ? Se cramponnant fermement à sa lance, il s'avança d'un pas mal assuré. La silhouette se détaillait au fur et à mesure. Enfin, il comprit : c'était un être humain. Ses mains relâchèrent leur prise cripsée sous l'effet du soulagement. Restait cependant qu'il avait en face de lui ni plus ni moins qu'un intru. C'était son devoir de l'appréhender.
« Halte ! Qui êtes-vous ? Que faites-vous ici ? »
Soudain, la silhouette prit la fuite. Le garde la poursuivit, et ils passèrent plusieurs couloirs avec célérité. Enfin, profitant du dédale qu'était Orthanc, il prit un autre chemin pour piéger cet inconnu et se retrouva enfin nez-à-nez avec une jeune femme. Elle avait à la main deux bourses sombres. Prise sur le fait, essoufflée par sa course, elle avait la mine résignée, comme contrariée d'avoir été si vite découverte. Non sans fierté, le garde se rapprocha pour l'arrêter. Lui, toujours considéré comme manquant de force et de courage par ses pairs, avait capturé une voleuse. Mais elle fut plus rapide. A peine eut-il le temps de voir un éclat doré dans la main de l'intruse qu'un couteau se planta dans son bras. Il grogna sous la douleur et lâcha son arme. Elle fondit sur lui pour lui couvrir la bouche. Il se débattait, luttait pour retrouver le dessus, à tel point qu'elle parvenait difficilement à le garder en place. Pourtant, ayant enfin récupéré son couteau, elle lui trancha la gorge. Le garde vit l'éclat rageur de ses yeux verts avant de pousser un dernier soupir.

« Nous l'avons trouvée qui rôdait près de vos appartements. Visiblement, elle s'est introduite dans l'enceinte de la tour par l'entrée nord, grâce à un chargement de blé frauduleux. C'est elle qui a assassiné Rewan la nuit dernière. »
Fermement retenue par deux gardes, elle maintient la tête baissée. Aucune expression ne se lit sur son visage. La frustration d'avoir été attrapée, la colère d'être traitée comme une vulgaire criminelle, la crainte quant au sort qu'il l'attend. Rien de tout cela. Elle porte son sempiternel masque, celui qu'il lui avait lui-même appris à porter.
Ses gardes restent interloqués face au manque de réaction de leur maître. Il avait simplement pensé qu'ils lui amenaient une voleuse, la fameuse ombre qui faisaient jaser ses troupes depuis quelques temps. Avec nonchalance, il avait demandé à voir la captive. Mais soudain, ils avaient retiré son capuchon. Son identité avait envahi toute la pièce, elle avait radicalement changé le cours de cette journée qui avait commencé de manière si banale. Il ne pensait pas que revoir le visage de la traîtresse serait aussi douloureux. Il n'avait pas mesuré l'ampleur de sa tristesse et de son ire. Sans rien y laisser paraître, Saroumane joignit calmement ses mains dans son dos.
« Méawyn. »
Elle releva lentement la tête, avec cette naïveté dans le regard qu'il parvenait toujours à déceler même après tant d'années. Ce fut comme si elle redécouvrait son propre prénom, comme si elle l'avait oublié. Quelque chose avait changé, quelque chose s'était brisé entre eux. Ironiquement, ils se retrouvaient dans la bibliothèque, là où ils s'étaient tant liés par le passé. Il aurait voulu que rien ne fût vrai, que sa trahison ne fût qu'un mensonge éhonté. Il aurait voulu l’accueillir en pupille plutôt qu'en condamnée.
« J'ai été froissée de voir que vous n'avez envoyé que de simples chasseurs de primes à mes trousses. J'ai préféré venir par mes propres moyens. »
« Je suis froissé de voir que vous avez été si vite attrapée. Je pensais que vous seriez au moins parvenue jusqu'à moi plutôt que d'être simplement faite prisonnière. Décidément, vous persistez à me décevoir. »
Évidemment, sa tentative était vaine. Cela importait peu qu'elle se fût débarrassée de ses chasseurs de primes et qu'elle fût arrivée jusqu'en Isengard, jusqu'à la porte-même de ses quartiers. Saroumane lui expliqua qu'il avait attendu sa visite depuis le jour où il avait eu vent de sa trahison. Il savait qu'elle allait essayer de le tuer, de faire plaisir à ses nouveaux alliés, et il s'y était préparé. Il faisait goûter tous ses plats, chacune des choses destinées à entrer en contact avec lui était vérifiée minutieusement. Elle n'aurait jamais pu espérer exercer sur lui ses talents d'empoisonneuse.
« Tout ceci n'est qu'une perte de temps. Vous ne m'atteindrez pas. Vous avez perdu, et ce depuis la minute-même où vous avez décidé de me tourner le dos. »
Sa voix était posée, résignée, presque triste. Il y avait tant de choses à dire entre eux, mais que restait-il qu'ils ne savaient pas déjà ? Ce n'était pas la première trahison à laquelle il faisait face, et ce n'était certainement pas la dernière. Il lui avait donné tout le pouvoir dont elle avait toujours rêvé, et elle avait abusé de cette liberté pour le poignarder. Ils avaient joué un terrible jeu dont ils connaissaient les retombés. Le jeu était désormais fini. Il devait la punir comme on punit tous les traîtres.
« Je suis déçu que cela se termine ainsi. »
Elle acquiesça. Elle était déçue aussi. Il se demanda ce qui la décevait le plus : regrettait-elle d'avoir bafoué tout ce qu'il lui avait appris, ou bien de ne pas l'avoir tué tant qu'elle en avait le temps ? Il aurait simplement voulu savoir pourquoi. Elle ne pouvait pas d'être simplement manipuler par Méadred, il y avait plus que cela. Alors pourquoi ? Pourquoi avoir trahi son mentor de la sorte ? Craignait-elle l'alliance avec Sauron ? Il savait qu'elle n'appréciait guère les forces venues du Mordor, mais elle ne s'était jamais souciée de savoir dans quel camp elle se trouvait, tant qu'elle pouvait y gagner. Là-dessus, l'Istar et elle s'accordaient bien : ils étaient prêts à tout. Pourtant autre chose chez elle avait surpassé leur besoin commun de tout savoir, et ainsi changé son allégeance. Ses nouveaux alliés avaient dû la convaincre du bien-fondé de leur guerre contre le mal. Et elle s'était montrée faible face à eux.
Il sentait sa main trembler sous l'effet de la colère. Il ne voulait pas en arriver là. Il voulait récupérer son espionne.

« Il n'est pas trop tard pour arrêter tout ceci. Revenez à mon compte. Nous prendrons Erebor par surprise, nous vengerons Méadred si vous le désirez. Nous nous ferons de nouveaux alliés. »
Plutôt que de l'abattre, Saroumane lui offrait une deuxième chance. Surprise par une telle proposition, elle laissa enfin tomber son masque. Elle lui parut soudain fragile, comme à bout de forces. Elle était fatiguée de se battre. Il était temps pour elle de revenir vers son véritable maître.
Saroumane connaissait l'ambition de la jeune femme, c'était lui qui l'avait nourrie depuis plusieurs années. Il l'avait recueillie, il lui avait enseigné tout ce qu'il avait jugé bon de lui enseigner. Il avait fait d'elle sa voix et ses yeux partout en Terre du Milieu. Il se rappelait les heures qu'ils avaient passé ensemble à partager leurs savoirs. Et quand il se demandait encore sur quelle route il s'était engagé, s'il était vraiment prêt à suivre Sauron, c'était sa présence qui le rassurait. Elle n'était qu'humaine, et c'était sans doute cela qui plaisait le plus au vieux magicien. Si le monde avait été mieux fait, peut-être aurait-elle été sa fille. Il pouvait encore la rallier à sa cause, il en était certain.
« Vous savez comme moi que je suis la seule personne qui peut vous donner le pouvoir dont vous rêvez. Mettez de côté les morales que vous ont rabâchées les gens de Dun. La frontière entre bien et mal est bien trop fine pour ne pas s'y risquer. Je peux encore vous menez là où vous le désirez, si seulement vous vous dévouez à moi. »
Il tendit légèrement sa main vers elle. Un tout petit geste, mais si symbolique. Elle se défit de l'emprise de gardes, qui la laissèrent faire après l'approbation de leur maître, et fit un premier pas.
« Ne voyez-vous donc pas ? Je vous étais déjà dévouée. Entièrement dévouée. J'ai voulu être reine, et bien plus encore. J'ai voulu prouver que j'étais capable de bien faire, malgré tous ceux qui me prédestinaient à un avenir misérable. J'ai voulu que le monde croie en moi comme vous-même avez su croire autrefois, quand personne d'autre ne me donnait ma chance. Pour cela, je vous aurais suivi n'importe où. »
Elle avait aussi les poings serrés, et les yeux humides. Elle faisait les cent pas dans la pièce, comme si leur confrontation la faisait souffrir plus que s'il avait simplement décidé de la tuer. La pitié de l'Istar lui faisait plus de mal que son intransigeance. Ainsi, elle semblait regretter d'avoir eu à le trahir.
« Vous pensez m'offrir ce pouvoir dont je rêve, vous pensez que votre voie est la meilleure. Or elle ne mène qu'à la destruction. Oui, j'ai voulu être reine. Mais je refuse d'être la reine d'un tas de ruines. »
Il comprenait. Il fit volte-face, ne supportant plus l'expression de la jeune femme. Elle paraissait sûre d'elle. Elle pensait détenir la vérité. Elle avait été pervertie par tous ces pauvres gens qu'elle avait rencontrés. Les beaux discours de Méadred avait eu raison de son espionne. Après tout, elle n'était qu'humaine, et c'était à cet instant précis ce qu'il détestait le plus chez elle. Elle ne pouvait pas voir au-delà de sa condition. Comme elle lui paraissait imparfaite... Il comprenait donc. Il comprenait qu'elle ne pouvait pas être sauvée. Elle avait été compromise.
« Ainsi donc, vous êtes devenue faible... C'est le chef de Dun qui vous a poussé à cet extrême, je le sais. »
« Non, c'est vous-même, répliqua-t-elle d'une voix qui s'était soudain faite dure et accusatrice. Vous vous êtes engagé sur un chemin où je ne peux pas vous suivre. Je sais que tout ceci me dépasse. J'ai choisi mon propre destin. »
Effectivement, pensa-t-il avec amertume, son destin était désormais tout tracé. Ils n'avaient plus rien à se dire. Leur complicité venait d'être balayée d'un revers de la main par la jeune femme. Leur dernière chance avait disparu. Elle s'arrêta de marcher, elle semblait résolue à affronter ce qu'il lui préparait. La sentence tacite venait d'être prononcée. D'un coup de tête, Saroumane fit appel à ses gardes qui vinrent la menacer de leurs lances.
« Inutile, je sais ce que j'ai à faire. Ne laissez pas à vos sous-fifres le plaisir d'un travail que je peux accomplir moi-même. »
Elle se dirigea vers l'une des grandes fenêtres de la bibliothèque et grimpa dans l'embrasure, qui était assez grande pour la laisser se tenir debout sur le rebord. Ainsi, elle souhaitait prendre sa propre vie. Elle regarde le soleil couchant au dehors, en pensant certainement que c'est la dernière fois qu'elle contemple le ciel. Saroumane l'imagine s'écraser tout en bas, au pied de la sombre Orthanc. Personne ne mérite de finir de la sorte.
« J'ai menti, j'ai agressé, j'ai tué pour vous. J'ai fait tout ce que vous désiriez. Vous avez été un mentor. Un père... »
Pour la première fois depuis leur entrevue, ils se regardèrent droit dans les yeux. Chacun détaillait le regard de l'autre. Ils regrettaient de se séparer ainsi, mais chacun campait sur ses positions. Saroumane était résigné, il voulait simplement une fin rapide à toute cette histoire. Mais elle, bien qu'elle redoutât ce qui l'attendait, ne semblait pas tout à fait se résoudre à partir. Il y avait autre chose dans ses yeux. Une infinie violence.
« … Mais je ne tomberai pas sans vous emporter avec moi. »
Elle se saisit soudain de la lampe posée sur le bureau à côté de la fenêtre, qui avait été à la portée de sa main depuis tout ce temps. Les gardes se précipitèrent vers elle, mais elle avait déjà jeté la lampe au centre de la pièce. En une fraction de seconde, la salle entière explose. La bibliothèque n'est plus que vacarme et brasier. Saroumane a tout le juste le temps de la voir tomber par la fenêtre.

Méawyn s'accrochait au rebord de la fenêtre, les doigts brûlés par le souffle de l'explosion. La terre entière tremblait autour d'elle. Elle tenait difficilement grâce à ses pieds en appui contre les aspérités des rochers d'Orthanc. Un sourire presque dément se dessina sur son visage. Son plan avait fonctionné. Depuis son retour à Lond Daer, elle avait tout préparé. Elle avait réussi à s'introduire en Isengard grâce au chasseur de primes qu'elle avait menacé, car elle savait que tôt ou tard quelqu'un viendrait la chercher pour la tuer, et qu'elle pourrait s'en servir pour infiltrer la tour. Durant deux jours, elle s'était cachée dans cet immense bâti noir qu'elle connaissait par cœur. Elle avait emmené avec elle la meilleure poudre explosive qu'elle avait, tout droit venue des réserves de Dastan en Harad. Elle lui avait rendu visite après leur mésaventure chez les vampires, et en avait profité pour refaire ses stocks d'explosifs. Elle avait deviné depuis longtemps que sa confrontation avec Saroumane approchait. Pendant ces deux jours, elle avait dissimulé dans les recoins des petites bourses noires remplies de poudre. Elle voulait détruire Isengard. Elle avait besoin de cette explosion pour se révéler auprès de ses alliés.
Lorsqu'elle eut caché toutes ses bourses, et ce malgré sa rencontre fortuite avec le garde en pleine nuit, elle choisit de se rendre. Le moment n'était pas choisi au hasard : elle connaissait l'affection de Saroumane pour sa bibliothèque, il aimait venir s'y détendre dès le coucher du soleil. Ainsi, elle fit semblant d'être attrapée, et fut apportée devant lui dans la pièce exacte qu'il lui fallait : celle emplie de lampes à huile, avec des fenêtres de la taille d'un homme. Là, elle déambula dans la pièce le plus possible. Accrochés à ses chevilles, sous les plis de sa robe, deux autres sacs de poudre qui se vidaient très lentement tandis qu'elle marchait. Sa plus grande crainte était qu'on ne remarquât la poudre, mais le carrelage noir de la bibliothèque permettait d'en dissimuler la traînée. Enfin, lorsqu'elle avait senti sa dernière heure arrivée, elle avait pris soin de se rapprocher de la lampe, et de grimper sur le rebord de la fenêtre où elle avait espéré sauver sa peau. L'huile de la lampe avait embrasé la traînée de poudre, et le feu de l'explosion avait atteint toutes les autres bourses cachées. Orthanc se consumait.
Méawyn avait espéré sauté de la fenêtre juste avant que le souffle de l'explosion ne l'en chassât, pour ensuite se rattraper à son rebord. Et, chose incroyable, elle avait réussi. Ses deux oreilles bouchées sonnaient à cause du bruit de la détonation, sa gorge était irritée par la fumée, des mèches de ses cheveux avaient été brûlés, la chair de ses bras était à vif par endroit. Mais elle était en vie. Pour l'instant, elle avait survécu. Se hissant sur le rebord de la fenêtre avec difficulté, elle parvint à retourner dans l'enfer qu'était la bibliothèque. Orthanc semblait prendre vie tant elle bougeait sous l'effet des chocs à répétition, mais elle tenait bon. Elle persistait, tout comme Méawyn persistait à vouloir retourner dans la bibliothèque. Elle devait s'assurer qu'elle avait réussi sa mission.
La fumée était difficilement soutenable. L'incendie, nourri par les nombreux parchemins sur les étagères, envahissait toute la pièce. Méawyn put distinguer sur le sol les silhouettes des deux gardes qui l'avaient amenée, morts sur le coup. Mais elle cherchait encore sa principale victime. Soudain, la fumée se dispersa et les flammes se résorbèrent. Les oreilles de l'espionne récupérèrent enfin leur capacité. Au dehors, la tour tremble, elle brûle, elle hurle. Mais la bibliothèque était désormais comme un écrin de paix. Des décombres, Saroumane s'était élevé, les deux bras en l'air, et avait réussi à calmer le feu tout autour de lui. Sa robe blanche était presque entièrement noire, mais il semblait quasiment indemne. Méawyn se releva lentement. Elle n'avait plus rien pour échapper à la fureur du magicien désormais.
« As-tu vraiment pensé que tu pouvais tuer un Istar ? Un envoyé des Dieux ?! »
Son visage était à la fois enragé et cruel. Il était meurtri, mais se réjouissait dans son malheur.
« Regarde autour de toi. Tu as échoué. »
A quatre pattes sur le sol, Méawyn garde la tête baissée. Elle pourrait simplement le laisser parler, le laisser la tuer, et c'en serait fini. Mais elle sentait monter la haine en elle. Elle avait aimé cet homme comme un père, et elle le voyait désormais comme un monstre. Elle fulminait de voir que ses efforts n'avaient mené à rien. Il avait tout balayé. Méawyn pleurait. Son chagrin, sa violence, sa frustration lui montaient à la tête. Elle pouvait simplement se taire, et laisser l'épée de Damoclès qu'était Saroumane lui trancher la tête, mais elle ne pouvait pas résister. Elle ne pouvait pas résister à ces sentiments extrêmes qui lui dictaient d'écraser cet homme, de lui montrer que l'élève avait dépassé le maître.
« Pas tout à fait. »
Durant son dernier séjour à Lond Daer, elle avait en effet monté son plan. Et ce plan n'était pas complet sans l'intervention de ses nouveaux alliés. Elle avait écrit de nombreuses heures durant. A ses amis, à ses plus fidèles connaissances, à ses anciens amours, elle leur avait adressé un dernier adieu. Elle leur disait qu'elle partait pour son ultime mission. Elle leur confiait ce qu'elle n'avait jamais eu le courage de leur confier auparavant : son affection, ses remords, ses rêves. Elle avait même envoyé une lettre à ses parents, en espérant qu'ils fussent toujours en vie. Elle ne les avait pas véritablement aimés, elle leur en avait même voulu de l'avoir fait naître dans ce monde si injuste, mais elle leur avait écrit qu'elle menait une vie paisible, avec un bon mari et de gentils enfants. Elle avait voulu, une fois dans sa vie, être la fille qu'ils avaient tant désirée.
A ses alliés, cependant, elle avait écrit des lettres bien plus graves. Elle leur dévoilait les secrets de Saroumane, ses projets futurs, son alliance avec Sauron, le grondement qui s'élevait au Mordor. Elle les priait d'avertir la Terre du Milieu, de respecter cette dernière volonté. Elle leur donnait, pour prouver sa bonne foi, une seule et unique garantie : la destruction d'Orthanc. Si elle parvenait à anéantir la tour, elle prouverait qu'elle était véritablement dans leur camp. Malgré elle, Méawyn, les genoux à terre, le front ensanglanté, avait révélé les détails de sa trahison à Saroumane.
« … Les messagers sont en route, et ils atteindront bientôt leur destination. Tel que je l'ai écrit, lorsqu'Isengard brûlera, la Terre du Milieu pourra être certaine de votre duplicité. Ainsi, je vous aurai emporté dans ma chute. Vous avez perdu. »
Elle savait qu'elle pouvait le faire tomber. Elle avait échoué sur le plan physique, mais elle pouvait encore le détruire politiquement. Pouvait-il rattraper ses messagers à temps ? Elle l'ignorait, mais elle n'en avait cure. Elle savourait la surprise dans le regard du magicien. Il crie, il enrage, il se précipite vers elle pour lui faire payer.
« Tu aurais pu être mon bras-droit, nous aurions pu marcher côte à côte vers la victoire ! Mais je te ferai subir les pires douleurs pour cette trahison, je te maintiendrai à peine en vie pour que tu puisses voir tous tes rêves réduits à néant. Tu viens de te condamner à une éternité de souffrances. »
« Au contraire, mon seigneur, je suis déjà morte. »
Elle sort son poignard incrusté d'or de sa manche, et se taille les veines. Saroumane se jette sur elle, la prend dans ses bras mais il est déjà trop tard. Le poison enduit sur la lame fera le reste, et même lui ne pourra pas la ramener.
Méawyn n'arrive plus à bouger, ni à parler. Son corps se raidit, ses veines apparaissent le long de ses bras et de ses tempes. Un sourire se fige sur son visage meurtri. Elle pense une dernière fois à l'étreinte du magicien autour d'elle, à l'affection qu'elle a lu dans son regard avant de grimper à cette fenêtre. Elle pensa une dernière fois à Méadred, qu'elle s'apprêtait enfin à rejoindre. A tout ce qu'ils avaient sacrifié pour leur cause, à l'amitié et à la confiance qu'ils avaient partagées. Elle pensa une dernière fois aux longues soirées qu'elle avait passées avec Elorin à Bree, aux rêves de grandeur qu'elles avaient formulés dans leur jeunesse. Elle pensa une dernière fois à sa famille, sa sœur, ses parents, qui ne connaîtraient rien de son destin. Méawyn aurait pu accomplir beaucoup plus, mais elle avait déjà fait tant.
Sa main inerte laisse tomber son poignard.

La nuit était enfin tombée pour dissimuler les dernières traces de l'affrontement. Orthanc avait tenu le choc. La solidité de la pierre et les efforts de Saroumane pour calmer le feu des explosions à répétition l'avaient maintenue debout. Même si d'apparence la tour semblait intacte, l'intérieur avait subi beaucoup de dégâts. La poudre d'Harad avait également eu raison des plaines alentours, qui étaient désormais couvertes de cendres. Nombreux étaient les morts et les blessés. Après avoir dicté quelques ordres à ses gens sur la marche à suivre, Saroumane s'enferma dans ce qu'il restait de ses quartiers. L'identité de la prisonnière qui avait été apportée dans la bibliothèque cet après-midi là n'était plus un mystère, mais personne ne savait ce qu'il était advenu du corps de l'empoisonneuse. Les jours s'enchaînèrent avec précipitation. On s'affairait à la reconstruction, et une partie des troupes avait également était lancée à la poursuite de messagers, sans qu'on sût pour autant s'ils allaient réussir à les rattraper. Le maître des lieux s'était muré dans le silence. Pourtant, sous ses longues robes blanches qui virevoltaient sur son passage, l'on pouvait parfois apercevoir l'éclat d'un poignard doré.
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